Pour une intelligence africaine qui nous ressemble
Rhumsiki AI est née d'une conviction simple : l'Afrique ne doit pas seulement être un marché pour les technologies qui transforment le monde. Elle doit aussi devenir un lieu où ces technologies sont comprises, adaptées, améliorées et progressivement conçues.
L'intelligence artificielle ouvre une période particulière. Pour la première fois depuis longtemps, une technologie générale peut permettre à des économies qui ont accumulé certains retards de gagner du temps, d'accélérer leur apprentissage et de construire plus vite certaines capacités qui leur ont longtemps manqué.
Nous voulons saisir cette possibilité.
Pas en prétendant que l'IA résoudra tout. Pas en opposant l'Afrique au reste du monde. Et certainement pas en confondant progrès technologique et progrès humain.
Nous voulons utiliser cette révolution pour faire quelque chose de beaucoup plus concret : augmenter la capacité de l'Afrique à comprendre, travailler, produire, décider et créer de la valeur.
Nous ne voulons pas seulement utiliser l'intelligence. Nous voulons pouvoir la construire.
Aujourd'hui, une grande partie des systèmes d'intelligence artificielle les plus puissants est conçue, entraînée et contrôlée en dehors du continent. Les capacités de calcul sont concentrées ailleurs. Les grandes infrastructures de données sont largement extérieures à nos économies. Une partie importante de la recherche et des capitaux nécessaires au développement de ces technologies se trouve également ailleurs.
Ce constat n'est pas un reproche. C'est une réalité de départ.
Nous pouvons utiliser les technologies produites ailleurs. Nous devons même le faire lorsque cela permet d'avancer plus vite. Il serait absurde de reconstruire aujourd'hui ce qui existe déjà demain ailleurs.
Mais utiliser une technologie n'est pas la même chose que dépendre d'elle pour toujours.
Notre ambition est donc progressive : partir de technologies existantes, les comprendre, les adapter à nos réalités, développer nos compétences, accumuler nos propres connaissances et construire, étape après étape, nos propres technologies.
De l'utilisation à la maîtrise. De la maîtrise à l'innovation. De l'innovation à la propriété technologique. C'est cette trajectoire qui nous intéresse.
L'indépendance commence par la capacité de penser par soi-même.
Une société qui ne produit pas suffisamment de connaissances sur elle-même finit nécessairement par dépendre des analyses produites par d'autres.
Elle peut être mesurée par des indicateurs conçus ailleurs, étudiée à travers des données incomplètes, comparée selon des catégories qui ne correspondent pas toujours à ses réalités et parfois même décrite sans avoir réellement participé à la construction du récit qui la concerne.
Nous voulons une autre trajectoire.
L'indépendance intellectuelle ne signifie pas travailler seul. Elle ne signifie pas rejeter la connaissance mondiale, ni refuser les collaborations internationales.
Elle signifie pouvoir examiner, vérifier, contester, interpréter et produire. Pouvoir poser nos propres questions. Pouvoir construire nos propres méthodes. Pouvoir produire nos propres données. Pouvoir développer nos propres outils. Et surtout, pouvoir décider de ce que nous voulons faire de ce que nous savons.
L'indépendance intellectuelle ne consiste pas à se couper du monde. Elle consiste à pouvoir y participer sans renoncer à sa capacité de penser.
L'Afrique doit transformer son retard en capacité d'accélération.
Le continent connaît encore des insuffisances considérables.
Dans l'éducation, la formation et la recherche. Dans les infrastructures. Dans la productivité de nombreuses économies. Dans l'accès à certains services essentiels. Dans la transformation agricole et industrielle. Dans la capacité de nombreuses entreprises à accéder à l'information et aux outils dont elles ont besoin pour progresser.
Ces difficultés sont réelles. Mais elles ne doivent pas devenir une fatalité.
L'une des particularités de l'intelligence artificielle est précisément sa capacité à réduire certains coûts d'accès à la connaissance, à l'analyse, à la création et à l'automatisation.
Un agriculteur mieux informé peut prendre de meilleures décisions. Une entreprise peut analyser son marché plus rapidement. Un chercheur peut accéder à des capacités nouvelles. Un étudiant peut disposer d'un accompagnement supplémentaire. Une administration peut mieux exploiter ses données. Un professionnel peut automatiser une partie de tâches qui lui prennent aujourd'hui un temps considérable. Une langue jusque-là peu présente dans les outils numériques peut progressivement y trouver sa place. Ce sont ces transformations concrètes qui nous intéressent. L'objectif n'est pas de rendre l'Afrique artificiellement « futuriste ».
L'objectif est de lui permettre de rattraper certains retards plus rapidement et de construire de nouvelles capacités là où elles sont nécessaires.
Nous croyons d'abord à une Afrique qui travaille et qui produit.
Le développement ne viendra pas uniquement des technologies.
Il viendra du travail, de l'éducation, de l'investissement, de la recherche, de l'entrepreneuriat, des infrastructures, de la stabilité des institutions et de la capacité à transformer les ressources en valeur.
L'intelligence artificielle peut renforcer ces capacités. Elle ne peut pas les remplacer. Nous voulons donc une technologie au service d'une Afrique productive. Une Afrique qui transforme davantage ses matières premières. Qui développe ses entreprises. Qui améliore la productivité de ses exploitations agricoles. Qui forme mieux sa jeunesse. Qui finance davantage l'innovation. Qui construit des infrastructures numériques solides. Qui produit davantage de biens, de services, de connaissances et de technologies.
Une Afrique qui ne mesure pas son progrès uniquement au nombre d'utilisateurs d'une technologie, mais à ce qu'elle est capable de produire grâce à elle.
La connaissance doit pouvoir circuler dans les langues et les réalités du continent.
Les langues africaines ne sont pas seulement des moyens de communication. Elles sont des réservoirs de connaissances, d'expériences et de façons de comprendre le monde.
Lorsqu'une langue est absente des systèmes numériques, une partie de cette connaissance reste plus difficile à transmettre, à rechercher et à exploiter.
Nous voulons contribuer à changer cela.
Pas pour enfermer la technologie dans des frontières linguistiques ou culturelles, mais pour permettre à davantage de personnes d'accéder aux nouveaux outils dans des contextes qui leur sont réellement familiers.
La technologie doit pouvoir comprendre davantage de réalités africaines. Et les Africains doivent pouvoir participer davantage à la manière dont cette compréhension est construite.
Nous ne voulons pas une IA spectaculaire. Nous voulons une IA utile.
Nous nous méfions des promesses qui présentent chaque nouvelle technologie comme une révolution capable de résoudre à elle seule des problèmes complexes.
Les problèmes africains sont trop importants pour être réduits à des démonstrations technologiques. Nous préférons la recherche aux effets d'annonce. Les faits aux récits. L'expérimentation aux certitudes. La mesure aux promesses.
Une technologie n'a de valeur que lorsqu'elle améliore réellement quelque chose : une décision, une activité, une organisation, une recherche, une entreprise ou, à terme, les conditions de vie des personnes.
C'est pourquoi nous voulons construire avec une exigence particulière : faire en sorte que l'intelligence artificielle rencontre le réel.
Construire ici ne signifie pas construire seuls. Nous avons besoin du monde. De ses chercheurs. De ses technologies. De ses entreprises. De ses universités. De ses capitaux. De ses savoirs. Nous voulons apprendre, coopérer et rivaliser lorsque cela est nécessaire. Mais nous voulons que cette relation devienne progressivement plus équilibrée. L'Afrique ne doit pas être uniquement l'endroit où les technologies sont déployées après avoir été conçues ailleurs.
Elle doit aussi devenir un endroit où l'on expérimente, où l'on recherche, où l'on développe, où l'on investit et où l'on possède.
Cela suppose des entreprises capables de grandir. Des chercheurs capables de travailler sur des problèmes ambitieux. Des infrastructures capables de supporter ces ambitions. Des investisseurs prêts à financer le long terme. Des institutions capables d'accompagner l'innovation.
Et surtout, une génération de talents qui considère la technologie non comme quelque chose qu'il faut nécessairement quitter le continent pour construire, mais comme quelque chose qu'il est possible de construire ici.
Notre ambition est continentale. Nous voulons contribuer à une Afrique plus capable. Plus productive. Plus instruite. Plus innovante. Plus autonome dans sa capacité à produire et utiliser la connaissance.
Une Afrique qui améliore progressivement les conditions de vie de ses populations parce qu'elle produit davantage de valeur, développe davantage de compétences et maîtrise davantage les technologies qui structurent son économie.
Nous ne prétendons pas savoir exactement à quoi ressemblera cette Afrique. Mais nous savons une chose : elle ne sera pas construite par les discours. Elle sera construite par le travail. Par la recherche. Par les entreprises. Par les ingénieurs. Par les chercheurs. Par les entrepreneurs. Par les institutions. Par les investisseurs. Par les millions d'Africains qui créent chaque jour malgré des contraintes considérables. Notre rôle est de contribuer à cette dynamique. Nous commençons avec les moyens du commencement. Nous savons que construire une technologie de portée mondiale demande du temps. Des compétences. Du capital. Des infrastructures. De la recherche. Des échecs. De la patience. Nous ne prétendons pas avoir déjà atteint ce que nous voulons construire. Nous sommes au début d'une trajectoire. Mais nous refusons de considérer le point de départ comme une limite.
Nous voulons partir de ce qui existe, apprendre vite, construire progressivement, prendre des risques raisonnés et gagner, génération après génération, davantage de maîtrise.
Parce que l'avenir technologique de l'Afrique ne doit pas être décidé uniquement ailleurs. Parce que son développement économique ne doit pas dépendre uniquement de capacités qu'elle importe. Parce que ses problèmes doivent aussi devenir des terrains d'innovation.
Et parce que les générations africaines qui arrivent doivent pouvoir hériter non seulement de technologies qu'elles utilisent, mais aussi de technologies qu'elles comprennent, qu'elles possèdent et qu'elles savent construire.
C'est l'Afrique que nous voulons contribuer à bâtir. Une Afrique forte par ses compétences. Travailleuse par nécessité et par ambition. Innovante par choix. Ouverte au monde, mais capable de choisir sa trajectoire.
Et suffisamment confiante dans son intelligence pour ne plus considérer qu'elle doit toujours attendre que quelqu'un d'autre construise l'avenir à sa place.